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À quoi rime toute cette histoire de santé mentale à l’école?

La santé mentale des enfants et des jeunes est vite devenue un sujet de pointe au niveau de la pratique, des politiques et de la recherche au Canada et à l’échelle internationale.  De plus en plus, les intervenants considèrent les écoles comme partie intégrante de la solution à ce qui est clairement devenu un problème de santé de la population.  Mais quel est le rôle des écoles, exactement, et que devrait-il être dans le continuum de la santé mentale et des soins de santé? Même si les rôles potentiels sont variés et dépendent du contexte, des besoins et de la capacité, les domaines suivants ont été explorés et continuent d’évoluer.

Promotion de la santé mentale : En tant qu’environnements, les écoles devraient promouvoir le bien-être plutôt que de constituer des sources de stress qui exacerbent des facteurs préexistants susceptibles de miner la santé mentale des élèves.  Des initiatives axées sur les écoles sécuritaires à celles sur l’apprentissage social, les écoles réalisent qu’elles devraient constituer des environnements qui favorisent le bien-être, qui réduisent les menaces au bien-être et qui enseignent des habiletés qui aident à assurer le bien-être. Ceci devrait se faire en continu et viser tous les âges et tous les niveaux, enrichissant la boîte à outils de chaque élève de compétences à exercer à l’école et à assimiler à tous les aspects de la vie.

Littératie en santé mentale et réduction des préjugés : Un manque de connaissances peut favoriser les préjugés entourant la santé et la maladie mentales et nuire grandement à l’accès aux services, au besoin.  Les jeunes n’accèdent pas à des services de santé mentale en raison 1) de préjugés; 2) du manque de reconnaissance qu’ils ont un problème qui peut être atténué; et 3) de l’ignorance d’où aller et de comment faire pour obtenir de l’aide. Ceci fait nettement ressortir l’aptitude des écoles à améliorer la littératie en santé mentale des élèves et du personnel ainsi que l’importance croissante d’une littératie systémique où les enfants, les jeunes et les familles ont moins de mal à naviguer à travers des services d’aide qui ne sont pas très intuitifs ou accessibles.

Détermination des problèmes de santé mentale : Les défis de santé mentale sont souvent identifiés, dans un premier temps, comme un changement ou une déviation de comportement d’un jeune par rapport à ce qui serait considéré comme le développement plus typique d’un enfant ou d’un jeune dans des contextes variés. Même si les familles tendent à mieux connaître leur enfant que quiconque, c’est souvent à l’école que de tels changements ou déviations sont d’abord observés. Ceci constitue une importante occasion d’identification précoce d’un problème où le bon degré d’aide au bon moment peut faire toute la différence. Les écoles peuvent mettre les enfants et les jeunes sur la bonne piste pour accéder à de l’aide au besoin.

Prestation de soins de santé mentale : Les écoles ont assurément un rôle à jouer dans l’intervention précoce au point de départ des soins. Plusieurs formes d’interventions se sont avérées efficaces dans des contextes scolaires. Dans le cas de certains enfants et jeunes, les écoles constituent souvent le seul endroit où de l’aide et des services de santé mentale peuvent être facilement accessibles (p. ex., régions rurales et éloignées) ou même acceptables (p. ex., quand des préjugés empêchent certaines familles ou certains groupes culturels d’accéder au « système de santé mentale » quoique les écoles demeurent acceptables).  Par contre, l’aptitude à s’acquitter de ce rôle d’intervention demeure plutôt inégale d’un district scolaire et d’une collectivité à l’autre.

Les écoles — partie prenante de l’approche de « collectivité globale » en matière de santé mentale : Les écoles ne sont pas et ne devraient pas être responsables de l’ensemble du continuum des soins de santé mentale. Les écoles devraient être considérées comme des atouts communautaires qui comprennent leur rôle spécifique et apprécient les rôles des autres au sein du système. De la même façon, les partenaires communautaires doivent comprendre la culture d’école et être sensibles à la réalité que les enfants retournent à l’école, même après avoir obtenu les soins de santé mentale les plus spécialisés qui soient. La mise au point d’un langage commun, des pistes plus claires vers les soins et après les soins et un respect mutuel pour le rôle crucial de tous les intervenants peuvent faciliter une approche axée sur la collectivité globale à l’égard de la santé mentale des enfants et des jeunes.

Les écoles — des lieux de travail : Fort de quelque 15 500 écoles et 757 000 enseignantes et enseignants (sans oublier le personnel administratif, le personne allié de la santé et autres), le secteur de l’éducation constitue l’une des plus grandes mains-d’œuvre au Canada. Les écoles peuvent être des endroits extrêmement stressants où travailler, compte tenu des multiples demandes qui s’exercent sur le personnel enseignant. Même si la santé mentale en milieu de travail est devenue un sujet chaud au Canada, nous commençons à peine à examiner la santé mentale des enseignants dans une perspective systémique. On ne peut s’attendre à réaliser des écoles en santé sans les considérer comme des endroits sains où travailler. Nous n’arriverons pas à promouvoir efficacement le bien-être des élèves sans s’intéresser à la santé mentale et le bien-être des enseignantes et enseignants. Nous commençons à faire du progrès en ce sens, mais nous devrons faire bien plus et trouver des solutions en coopération avec le personnel enseignant.

Le Canada fait montre d’un solide leadership dans le domaine de la santé mentale à l’école, compte tenu des innovations et des données probantes émanant de tous les coins du pays. Nous avançons collectivement l’aiguille dans bien des domaines à mesure que le rôle éventuel des écoles devient plus clair au fil du temps. De plus en plus, les écoles devront clarifier et apprécier leurs rôles spécifiques au sein du système d’éducation de même que dans tous les secteurs et dans leurs propres systèmes communautaires.

Ian Manion
Directeur de la recherche sur la jeunesse, Le Royal
Directeur scientifique, Frayme