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S’accrocher à la santé et à l’éducation physique au beau milieu d’une pandémie

Ce billet de blogue a été premièrement publié au purposefulmovement.net et a été adapté avec permission pour EPS Canada.

D’un bout à l’autre de notre nation, les provinces et les territoires ont instauré des fermetures d’écoles en réponse à la pandémie de la COVID-19. Les approches varient d’une région à l’autre, mais pour la plupart les instances administratives ont opté pour un modèle d’apprentissage à la maison.

À titre d’exemple, le 20 mars, le gouvernement de l’Alberta a diffusé le document : Apprentissage des élèves sous la COVID-19 : lignes directrices pour encadrer l’apprentissage permanent de la maternelle en 12ème année lorsque les cours à l’école sont annulés à cause de la COVID-19. Essentiellement, ces lignes directrices préconisent que :

  1. Toutes les écoles albertaines de la maternelle en ème année orientent leurs efforts vers les possibilités d’apprentissage à la maison et ce, pour un temps indéterminé. 
  2. Les contenus à enseigner doivent être axés sur :
    • Maternelle en 3ème année : langue/compétences linguistiques, et mathématiques/calcul
    • 4ème – 6ème année : langue/compétences linguistiques, mathématiques/calcul, avec la possibilité d’incorporer les sciences et les sciences sociales dans les apprentissages pluridisciplinaires
    • 7ème – 9ème année : mathématiques, langue/compétences linguistiques, contenus des programmes de sciences et de sciences sociales
    • 10ème – 12ème année : langue (anglais, français et les arts du langage), sciences sociales, mathématiques, biologie, chimie et physique

Vous avez sans doute remarqué l’omission évidente de l’éducation physique et à la santé (EPS) dans ces lignes directrices. En revanche, l’Île-du-Prince-Édouard a recommandé un programme d’apprentissage à la maison axé sur trois volets clés : santé et bien-être, compétences linguistiques, et calcul. Bravo!

En plus, bon nombre d’enseignants et enseignantes d’EPS nous ont signalé qu’ils se sont vus REFUSER la permission de fournir des expériences d’apprentissage d’EPS que leurs élèves peuvent faire à la maison, et qu’ils ont été réaffectés à un rôle de soutien aux enseignants qui enseignent d’autres matières, ou bien on leur donne des cours de langue ou de maths à enseigner.

En même temps, les autorités publiques et d’autres chefs et experts font des déclarations telles que :

  • « Même si on a tendance à parler du virus en termes de ses effets physiques, je crois qu’il faut reconnaître et répondre à la peur et les préoccupations que cela suscite chez nos enfants, et notamment les plus jeunes élèves. » Steven Lecce, Ministre de l’éducation de l’Ontario
  • « On sous-estime l’importance (de l’exercice) dans la gestion de l’angoisse. » le Dr. Peter Silverstone, professeur de psychiatrie à l’Université de l’Alberta
  • « Prenez soin de votre organisme. Respirez profondément, étirez les membres, ou méditez. Essayez de manger des repas sains et bien équilibrés, faites de l’exercice régulièrement, dormez suffisamment, et évitez l’alcool et les drogues. Prenez du temps pour vous détenir. Essayez de faire d’autres activités que vous trouvez agréables. » Center for Disease Control

Étant donné la valeur de l’éducation physique et à la santé EN GÉNÉRAL, (encore plus à l’heure actuelle), nous tenons à souligner certains faits concrets.

NOUS SAVONS que les enseignants et enseignantes d’EPS canadiens VEULENT offrir à leurs élèves des possibilités d’apprentissage à la maison.

  • Ils ont le savoir, les habiletés et les attitudes pour contribuer et pour avoir un effet positif sur la santé et le bien-être des élèves en cette période de crise. 
  • Le fait de leur permettre d’enseigner l’EPS reconnaît la valeur de leur travail et témoigne du respect pour leur engagement, leur expertise et la matière qu’ils enseignent.
  • Le fait de permettre aux enseignants et enseignantes d’EPS d’enseigner leur matière à leurs élèves fait partie intégrale de l’application des lignes directrices pour maintenir une bonne santé, conformément aux recommandations des chefs provinciaux et fédéraux.
  • Les parents sollicitent un soutien dans leurs efforts en vue de veiller à la santé physique, mentale et émotionnelle de leurs enfants.

NOUS SAVONS que l’école est un lieu important où les élèves apprennent le POURQUOI et le COMMENT d’un style de vie sain et actif.

  • Regardez les énoncés de mission et/ou d’objectifs de n’importe quelle autorité scolaire, et il est fort probable que vous trouverez des références directes à la santé des élèves. À titre d’exemple, voici un extrait de l’énoncé du conseil scolaire public d’Edmonton :
    • Priorité au bien-être et à l’appartenance des élèves : nos environnements d’apprentissage et de travail sont accueillants, inclusifs, sécuritaires et sains.
    • Un soutien holistique : des partenariats sont établis avec la communauté afin de mettre en place des soutiens et des services pour favoriser le développement, le bien-être et le succès des élèves et des familles.
  • Un temps de crise est EXACTEMENT le moment où nous nous devons de mettre de l’avant ces types d’objectifs et résultats (approches holistiques, concepts de bien-être et d’appartenance, etc.).

NOUS SAVONS que l’enseignement transcende les éléments de base traditionnels de lire, écrire et calculer. 

  • Si nous enseignons le savoir-faire santé et les habiletés qui s’y rapportent, comme les capacités à lire et comprendre des renseignements sur la santé, à identifier et accéder à des sources d’information valables, et à mettre en pratique d’une manière efficace et positive les informations sur la santé, la COVID-19 peut être transformée en expérience d’apprentissage utile. 
  • Malheureusement, la vie est loin d’être parfaite, et elle apporte sa part d’écueils, comme la COVID-19. Les enfants qui jouissent d’un soutien solide et qui sont invités à développer le savoir-faire physique apprennent à valoriser et à prendre la responsabilité de leur besoin de bouger, et ils sont plus aptes à maintenir cette activité physique lorsque les difficultés surviennent. 

NOUS SAVONS que les contenus de nos programmes d’EPS sont CRITIQUES pour aider les élèves à mieux supporter l’angoisse due à la COVID-19.

  • Au Canada, il est estimé que 14%-25% des enfants et des jeunes composent avec des troubles mentaux sérieux (la santé mentale en milieu scolaire au Canada : rapport final).
    • L’éducation à la santé est la seule matière à prévoir des résultats qui ciblent spécifiquement la promotion de la santé mentale, en sensibilisant les élèves aux stigmates, en leur enseignant des stratégies pour favoriser le bien-être mental, et en les orientant vers les ressources et les soutiens pour affronter les troubles de santé mentale. 
    • L’éducation physique est la seule matière qui offre aux élèves des possibilités d’être physiquement actifs – un des piliers de la santé holistique – l’activité physique est une approche valable pour soutenir la santé mentale des jeunes (Halliday, Kern & Turnbull, 2019). 
  • L’EPS se distingue de toutes les autres matières en ce sens que le programme prévoit des possibilités de développer les habiletés sociales et émotives, comme la communication, le leadership, la coopération, la conscience de soi et l’autogestion.
    • « On pourrait raisonnablement dire que les cours d’éducation physique constituent un des meilleurs contextes pour développer les habiletés sociales et émotives » (Ciotto & Magnon, 2018).
  • L’éducation ne peut pas être qualifiée de « holistique » en l’absence de ce volet physique. 
    • «…l’éducation physique est importante puisque le mouvement est joyeux et agréable, il procure une satisfaction intrinsèque, et c’est une action qui endosse une signification à la fois personnelle et universelle, appartenant à l’expérience humaine globale. » (Blankenship & Ayers, 2010)

À ce titre, nous encourageons :

  • Les directeurs et directrices d’école à réfléchir aux moyens pour aider nos excellents enseignants et enseignantes d’EPS à continuer à soutenir la poursuite d’un style de vie sain et actif, par la voie d’un programme d’EPS fourni à domicile.
  • Les administrateurs scolaires à faire preuve de leadership et à mettre de l’avant les principes d’une éducation holistique pour les enfants (c’est-à-dire, un soutien et un développement qui transcendent les matières dites « scolaires ») durant la pandémie.
  • Les écoles et les districts scolaires à reconnaître la valeur et à prendre en charge un programme de savoir-faire physique et sanitaire pour les élèves canadiens.
  • Les administrateurs scolaires à reconnaître et à se prévaloir du soutien valable que les contenus des programmes d’éducation physique et à la santé peuvent offrir aux provinces qui essaient de composer avec le défi énorme que constitue cette pandémie.

Nous vous remercions de votre lecture et de votre intérêt.
N’oubliez pas de vous laver les mains.
Suivez les protocoles d’éloignement physique tout en renforçant les connexions sociales à distance.
Continuez à enseigner l’éducation physique et la santé.
Restez en bonne forme.
C’EST TOUT.

Doug Gleddie & Lauren Sulz
Laboratoire des écoles en santé
Faculté d’éducation, Université de l’Alberta