type

  • Article de fond
  • Podcast
  • Recherche

theme

  • Activité instantanée
  • Alphabétisation alimentaire
  • Apprentissage en plein air
  • Apprentissage physiquement actif
  • Apprentissage socio-émotionnel
  • Apprentissage transversal
  • Approche basée sur des modèles
  • Collectivité d'EPS
  • Communautés scolaires saines
  • Compétences fondamentales en matière de mouvement
  • Éducation à la danse
  • Littératie numérique
  • Éducation à la santé
  • Éducation financière
  • Éducation physique
  • Éducation sexuelle
  • Leadership éducatif
  • Équité, diversité et inclusion
  • Formation des enseignants
  • Santé mentale
  • Usage de substances psychoactives
  • Vérité et réconciliation

Search Results

SORT BY:

Pourquoi les enfants ont besoin de jouer à des jeux risqués en plein air

18 mars 2016
3 children walking on tree stumps in a forest. There is a tree fort behind them.

Publié précédemment dans le volume 81, numéro 4

En janvier 2015, j’étais invité à faire partie d’un groupe diversifié de professionnels de partout au Canada spécialisés en éducation physique, en activité physique et en santé. Nous avions pour tâche d’élaborer une prise de position nationale sur les jeux actifs à l’extérieur.

C’est pendant ces deux jours de réunions à Toronto que j’ai réalisé la nécessité d’intensifier mes propres activités de revendication en faveur du jeu et de l’apprentissage en plein air, particulièrement auprès des étudiants du programme de formation des enseignants d’éducation auxquels j’enseigne à l’université de l’Alberta.

J’ai toujours été en faveur de l’éducation en plein air, encourageant mes propres enfants ainsi que mes anciens élèves de la 7e année à la 12e année à aller dehors, à jouer dehors et à apprendre dehors. Mais après avoir été inondé de statistiques indiquant combien les enfants canadiens d’aujourd’hui sont confinés à la maison et combien de parents craignent de laisser leurs enfants  jouer dehors par crainte qu’ils se fassent enlever ou se blessent, je me suis senti obligé de faire tout ce que je pouvais pour faire une différence.

Jusqu’ici, j’ai eu recours aux médias sociaux pour partager les faits réels sur le jeu risqué en plein air et j’ai engagé des efforts concertés pour discuter plus longuement de ce sujet dans le cadre de mes cours de méthode et de pédagogie de l’éducation physique.  

Que sait-on vraiment? De quoi a-t-on vraiment peur?

Vous, ou quelqu’un que vous connaissez, vous êtes-vous déjà plaints de la qualité de l’air dans une école ou des effets néfastes de lumières fluorescentes sur le bien-être d’une personne? Une étude sur la qualité de l’air intérieur menée aux États-Unis en 1989 a révélé que l’Américain moyen passait 90 % de son temps à l’intérieur (U.S. Environmental Protection Agency). Malheureusement, la recherche a aussi démontré que la qualité de l’air à l’intérieur était souvent très inférieure à la qualité de l’air que nous respirons dehors, une situation qui augmente notre exposition aux allergènes courants et aux maladies infectieuses et qui peut mener à des affections chroniques (Jones, 1991).

Le Canada est un pays privilégié doté d’une très riche nature et de grandes possibilités récréatives en plein air. Par contre, la définition et la compréhension de la nature font l’objet d’interprétations très différentes d’une personne à l’autre. On peut dire la même chose des termes « à risque » et  « risqué ». Le risque est souvent perçu comme un négatif, un mauvais mot, au lieu d’un terme qui, dans le contexte du jeu, peut simplement signifier  un défi ou quelque chose de dynamique et stimulant. Les parents, les gardiens et, malheureusement, beaucoup d’enseignantes et d’enseignants et de gestionnaires, ont décidé d’établir des règles qui briment ou éliminent le jeu en plein air et l’apprentissage qui en résulte par crainte de ce qui pourrait arriver aux enfants lorsqu’ils jouent et apprennent dehors.

« L’emballage à bulles » ne protège pas

La notion de danger des parents et des enseignants et enseignants peut n’avoir rien à voir avec la notion de danger réel. À titre d’exemple, même si les statistiques confirment les dangers liés à la circulation, les enlèvements d’enfants par des étrangers sont extrêmement rares. Ironiquement, les inquiétudes liées au « danger des étrangers » ont contribué à l’augmentation du flot de circulation et aux dangers correspondants. (Carver, Timperio, Crawford, 2008).

Depuis quelque temps, on a recours à des expressions comme « hyperparentage  » et « emballage à bulles » pour décrire les temps changeants. Mais au lieu de protéger les enfants, les recherches révèlent que l’hyperparentage a pour effet de limiter l’activité physique et peut nuire à la santé mentale de l’enfant. De plus, les enfants qui sont étroitement supervisés par leurs parents quand ils jouent dehors tendent à être moins actifs que si les parents les laissaient jouer seuls et prendre des risques (LeMoyne, Buchanan, 2011).

La vérité sur le plein air

En tant qu’enseignantes et enseignants d’éducation physique, il peut s’avérer compliqué de donner la chance aux enfants de surmonter les risques et défis du jeu et des aventures en plein air lorsqu’on vit et travaille dans une société obsédée par la peur. Il est clair qu’aucun d’entre nous ne veut que les enfants se fassent mal, mais nos craintes peuvent nous porter à réagir exagérément au jeu risqué. Si nous enlevons le risque du jeu et, ultimement, de notre pédagogie et planification ciblée, nous ne permettons pas et nous n’encourageons pas les enfants à persévérer à des tâches difficiles. Si nous enlevons les défis, nous n’aidons pas nos enfants à devenir plus résilients. Il importe de faire la distinction entre un risque et un danger et de valoriser tout autant la santé et les bienfaits à long terme que la sécurité. Si nous ne changeons pas nos perceptions et nos valeurs comme parents, enseignants et gardiens, nous courrons le risque de faire encore plus de mal à nos enfants à long terme.

Les statistiques à l’appui du jeu en plein air et du risque

  • Selon des rapports de la GRC, les chances qu’un étranger enlève un enfant sont de 1 sur 14 000 000. (Dalley, Ruscoe, 2003).
  • Quand les enfants sont dehors, ils bougent plus, sont assis moins longtemps et, non surprenamment, jouent plus longtemps (Skala et coll. 2012).
  • Il peut malheureusement y avoir des os cassés et des blessures à la tête quand les enfants jouent, mais les cas de traumatisme majeur sont rares. La plupart des blessures associées au jeu en plein air sont mineures. (Nauta et coll. 2015)

De fait, il a été démontré que les risques associés au jeu en plein air dans des environnements naturels ont des effets positifs sur le développement global de l’enfant. Le fait d’être capable de grimper, de sauter, de faire des culbutes et d’explorer en toute indépendance contribue non seulement à rehausser la santé physique des enfants, mais aide aussi à améliorer leurs interactions sociales, leur créativité et leur résilience.

Donc, si tant de données probantes démontrent les effets positifs sur la santé générale et le bien-être des enfants, pourquoi donc les écoles interdisent-elles les jeux de poursuite et empêchent-elles les élèves de faire des roues et des rondes pendant la récréation? Pourquoi certaines villes canadiennes interdisent-elles le toboggan, la planche à roulettes et autres activités saisonnières? Pourquoi certains enseignants d’éducation physique vont-ils rarement (ou jamais) dehors avec leurs élèves pour leur donner des cours en plein air et pour leur faire vivre des expériences dans la nature comme la randonnée, le vélo, la géocachette et la course d’orientation au fil du semestre? Si la réponse, c’est la peur du risque de blessure ou de poursuite, je demanderais une fois de plus aux décideurs et chefs de file de réfléchir aux dangers à long terme d’interdire de telles expériences aux enfants.

Popularité croissante des terrains de jeu naturels

L’activité physique des enfants constitue un aspect essentiel d’un mode de vie sain et le fait de passer du temps dehors peut faire une énorme différence. Les terrains de jeu situés dans des environnements plus naturels avec des collines, des arbres, des roches, du gazon et des billots ont aussi des effets positifs sur la santé, les comportements et le développement social des enfants. Les terrains de jeu naturels permettent également aux enfants de reprendre contact avec la nature, ce qu’ils ont peut-être peu d’occasions de faire dans le cadre de leur routine quotidienne à mesure que  la population urbaine prend de l’expansion. On commence à installer des terrains de jeu naturels un peu partout à travers le pays, à mesure que les concepteurs de parcs, les municipalités et les conseils scolaires gravitent autour de cette forme de loisirs organique.

Vancouver, Edmonton et Moncton figurent parmi les villes canadiennes qui ont récemment dévoilé des terrains de jeu naturels agrémentés de matériaux entièrement naturels et sans équipement manufacturé. En Ontario, la ville de Collingwood a été la première municipalité de la province à adopter une loi interdisant les terrains de jeu avec des installations en plastique et en acier.

Le besoin de jouer des enfants a été reconnu à l’échelle internationale comme un droit fondamental des enfants. Des dizaines de bienfaits développementaux et sanitaires ont également été associés au besoin des enfants de s’adonner à des jeux risqués en plein air. Il en va de même de la nécessité d’instaurer des programmes d’éducation physique de qualité qui valorisent et encouragent l’apprentissage dans divers types d’environnement.


Solutions simples et recommandations

  • Tous les parents doivent encourager leurs enfants à passer plus de temps dehors et à apprécier tout ce que le plein air a à leur offrir. Les parents doivent aussi aller dehors avec leurs enfants et donner le bon exemple lorsqu’il s’agit de braver les éléments et de profiter d’occasions uniques propres à la vie au grand air.
  • Les enseignants et les gestionnaires doivent prendre du recul, revoir leurs positions et réfléchir à ce qui se passe depuis quelques années. Ils doivent se rééduquer à la lumière des nouvelles données et réaliser qu’ils causent plus de mal que de bien en interdisant tant d’activités et en limitant des jeux et des programmes qui n’étaient soumis à aucune restriction du genre il y a à peine une génération.
  • Les enseignants d’éducation physique doivent revoir leurs plans annuels d’éducation physique pour toutes les années et s’assurer de prévoir un nombre suffisant d’unités de cours et de leçons enseignés en plein air. Ils doivent se rappeler tous les bienfaits sociaux, physiques et émotifs dont profitent tous les élèves lorsqu’ils ont la chance d’apprendre dans un environnement de plein air unique.

Si nous voulons des jeunes confiants qui sont prêts à faire face au risque et à relever des défis, alors nous avons besoin d’enseignants et de parents qui comprennent pleinement les enjeux entourant le risque et le jeu. Ceci va bien au-delà d’un programme de « santé et sécurité » myope. En encabanant nos enfants à l’intérieur et en les surprotégeant, il se pourrait bien que nous leur causions plus de mal que de bien à long terme.

References

Carver, A., Timperio, A., & Crawford, D. Playing it safe: The influence of neighbourhood safety on Children’s physical activity – A review. Health Place (14), 217-227.

Dalley, M., Ruscoe, J. 2003. The abduction of children by strangers in Canada: Nature and scope. Royal Canadian Mounted Police.

Jones, AP. Asthma and domestic air quality. 1991. SocSci Med 47, 755-764.

LeMoyne, T., Buchanan, T. 2011. Does “hovering” matter? Helicopter parenting and its effect on well-being. Sociological Spectrum (31) 399-418.

Nauta, et al. Injury risk during different physical activity behaviours in children. A systematic review with bias assessment. Sport Med (45) 327-336.

Skala, et al. 2012. Environmental characteristics and student physical activity in PE class: findings from two large urban areas of Texas. Journal of Physical Activity and Health. Vol. 9, 481-491.

U.S. Environmental Protection Agency (EPA). 1989. Report to Congress on Indoor Air Quality – Vol. II: Assessment and Control of Indoor Air Pollution. EPA/400/1-89/001C. Washington, D.C.: US EPA. Available at www.tinyurl.com/CCN-2013-R017E.

POSTES RÉCENTS

PHE Podcast S2E2 cover / Pochette du Balado d'EPS Canada, saison 2, épisode 2
Changeurs du jeu : comment la voix des élèves transforme les communautés scolaires, partie 1 (Le balado d’EPS Canada, Saison 2 Épisode 2)
[ Podcast ] Bienvenue au balado d’EPS Canada! Cet épisode est le premier d’une série en deux parties consacrée au programme Changeurs du jeu d’EPS Canada. Dans ce premier épisode, l’animateur Caleb Poulin s’entretient avec Sherra Rogers, enseignante en éducation physique et étudiante à la maîtrise en éducation à l’Université St. Francis Xavier, ainsi qu’avec Kelsey Fahie, responsable des programmes et des ressources à EPS Canada, afin d’explorer le volet recherche du projet Changeurs du jeu. Ensemble, ils discutent de la façon dont le programme a été étudié, du processus de recherche mis en place et des principaux constats qui ont émergé des écoles participantes.
Authored by: EPS Canada, Sherra Rogers
Paper cutouts of diverse people, including some in wheelchairs, holding hands, surrounded by colored pencils. Wooden letter blocks spell out 'INCLUSION'.
Comment créer un environnement où chaque élève se sent inclus·e?
[ Article de fond ] Favoriser l’équité, l’inclusion et le sentiment d’appartenance en éducation physique peut représenter un défi, mais cela reste essentiel pour que les élèves se sentent vu·e·s, compris·es et soutenu·e·s dans le développement de leur littératie physique. Cet article présente des stratégies pratiques et adaptables qui favorisent des pratiques inclusives, comme des codes vestimentaires flexibles, des approches culturellement pertinentes, l’intégration de la voix des élèves dans la planification et des opportunités de leadership accessibles. Il met aussi l’accent sur la création d’espaces sécuritaires et accueillants grâce aux partenariats communautaires, à l’intégration des perspectives autochtones, à l’utilisation d’un langage inclusif et à une représentation visuelle diversifiée. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un guide universel, ces idées offrent un point de départ pour créer des environnements d’éducation physique plus accueillants et équitables, qui reflètent et respectent la diversité de nos communautés scolaires et des expériences vécues de chacun·e.
Authored by: Brenda Carbery-Tang
Group photo of the Student Chapter Showcase / Photo de groupe de la présentation des sections étudiantes
Créer des liens, développer le leadership et favoriser le sentiment d’appartenance : l’expérience étudiante au Congrès national de l’EPS 2026
[ Article de fond ] Le Congrès national de l’éducation physique et à la santé de cette année, tenu à Vancouver, a marqué une étape importante dans l’amélioration de l’expérience étudiante et le renforcement des liens entre la prochaine génération de leaders en EPS. Grâce à des occasions de réseautage réfléchies, des expériences actives, des moments de mentorat et des initiatives dirigées par les étudiant·e·s, le congrès a créé des espaces significatifs permettant à la relève en enseignement de développer des relations et de renforcer son sentiment d’appartenance à la profession.
Authored by: Caleb Poulin, EPS Canada
A teenage boy is sitting on the floor with a schoolbag next to him. He is holding a phone and looking at it intently.
Médias numériques et gestion de l’utilisation des téléphones à l’école
[ Article de fond ] L’innovation numérique en éducation est bien présente et transforme la façon dont nous apprenons, ce que nous apprenons et les lieux où l’apprentissage se déroule. Nous assistons à une montée en puissance de l’intelligence artificielle, où la technologie devient de plus en plus le principal moteur de l’apprentissage plutôt qu’un simple outil de soutien. Toutefois, toutes les innovations n’ont pas des effets positifs et elles ne se valent pas toutes. Cet article propose des stratégies pour aider les jeunes à développer leur résilience numérique à l’ère des médias numériques.
Authored by: Ryan Fahey
A young child with blonde hair in a bun, wearing denim overalls and a yellow shirt, looks over their shoulder while carrying a bright blue and green dinosaur backpack with orange spikes.
Apprendre, aimer, bouger : construire l’avenir de l’éducation physique
[ Article de fond ] Cet article examine comment l’expression « Apprendre, aimer, bouger » peut permettre de redéfinir l’éducation physique (EPS) comme une discipline inclusive, engageante et porteuse de sens. Ancrée dans la littératie physique et le développement de l’enfant, elle reflète les dimensions cognitive, affective et comportementale de l’apprentissage. Ce slogan propose une identité commune pour l’EPS, en résonance avec les élèves, le personnel enseignant et les décideur·euse·s. Des retombées concrètes pour le curriculum, le développement professionnel et la collaboration sont également présentées, positionnant cette expression à la fois comme une philosophie directrice et un levier de transformation culturelle en EPS.
Authored by: Aaron Beighle, Ph.D., Mike Chamberlain, Dre Heather Erwin
Two colorful puzzle pieces with a mosaic pattern of different shapes and colors on a light wooden background.
Plus forts ensemble : relier les disciplines pour stimuler l’apprentissage des élèves
[ Article de fond ] Dans les écoles, à tous les niveaux scolaires, les liens interdisciplinaires offrent de nombreux bénéfices pour l’apprentissage des élèves. Les liens interdisciplinaires correspondent à des situations d’apprentissage planifiées intentionnellement qui intègrent deux disciplines ou plus, permettant aux élèves de vivre des expériences d’apprentissage signifiantes tout en établissant des connexions entre les matières. Dans cet article, je propose une brève introduction ainsi que quelques pistes pédagogiques liées aux liens interdisciplinaires, accompagnées de deux exemples, l’un pour les élèves du primaire et l’autre pour les élèves du secondaire (1re année et plus). En complément de certains outils, je conclus avec une liste de « trois actions à poser » à l’intention des acteur·trice·s du milieu éducatif, afin de réfléchir aux nombreux bénéfices que peuvent générer les liens interdisciplinaires dans les environnements d’apprentissage.
Authored by: Brent Bradford