Médias numériques et gestion de l’utilisation des téléphones à l’école
L’innovation numérique en éducation est bien présente et transforme la façon dont nous apprenons, ce que nous apprenons et les lieux où l’apprentissage se déroule. Nous vivons actuellement une montée importante de l’intelligence artificielle ainsi qu’un rapprochement entre la technologie et l’éducation, où la technologie passe d’un simple outil de soutien à un possible moteur principal de l’apprentissage. Toutefois, toutes les innovations ne se valent pas et elles n’ont pas uniquement des effets positifs. Par exemple, l’essor des médias numériques* sous forme de médias sociaux et de plateformes de diffusion continue continue d’avoir des répercussions sur notre santé mentale, notre capacité de concentration et notre bien-être global. Les avancées rapides de la technologie, particulièrement dans l’univers des médias numériques, représentent un défi majeur pour l’humanité : demeurer authentique, lucide et guidée par un sens clair alors que nous naviguons à la fois dans le monde réel et dans les réalités numériques imposées par les outils numériques (Fahey, R., 2023).
Dans le cadre de cet article, les médias numériques désignent toute information diffusée et consommée à partir de plateformes numériques et d’appareils électroniques. Cela inclut les sites Web, les médias sociaux, les applications mobiles, les services de diffusion continue, les balados, la publicité numérique, les jeux vidéo et plus encore. Presque tout ce à quoi nous accédons aujourd’hui à partir d’un appareil numérique peut être considéré comme un média numérique (University of Niagara Falls Canada, 2025).
Avec l’évolution des médias numériques et leur présence grandissante dans les milieux scolaires, nous devons désormais réfléchir, ajuster et repenser notre façon d’aborder les médias numériques et l’utilisation des téléphones intelligents chez les élèves, tout en gardant une attention particulière à la culture scolaire, au bien-être des jeunes et à la santé mentale.

La question devient alors : comment soutenir notre bien-être collectif et développer la résilience numérique dans les écoles face à la montée des médias numériques et à l’utilisation fréquente des téléphones intelligents chez les jeunes ?
Comme parent et membre du personnel enseignant, je me retrouve souvent entouré de personnes ayant des opinions très tranchées sur les médias numériques et l’utilisation des téléphones intelligents. Des ouvrages comme The Anxious Generation dressent un portrait des effets de l’intégration numérique dans la vie des jeunes et de ses impacts négatifs sur leur bien-être. Les jeunes sont confrontés à des espaces favorisant les comparaisons irréalistes chez les filles et à des environnements où les garçons peuvent s’isoler et se retirer d’un monde qu’ils perçoivent comme intimidant.
Même si les résultats des recherches demeurent nuancés, certaines données démontrent que le contexte, le vécu et les circonstances entourant l’utilisation des téléphones intelligents et des médias numériques jouent un rôle important. Par exemple, certaines études indiquent que limiter l’utilisation des téléphones intelligents et des médias numériques à l’école peut nuire au bien-être et aux relations sociales, tout en augmentant l’anxiété chez les élèves. D’autres recherches montrent toutefois qu’il n’existe pas de différence notable sur le plan de la santé mentale lorsque l’utilisation des téléphones intelligents est restreinte en milieu scolaire (Learnus UK, 2025).
À l’école, l’utilisation fréquente des téléphones intelligents et des médias numériques pousse parfois les classes à devenir un équilibre fragile entre éducation et divertissement. Le personnel enseignant tente de rivaliser avec les poussées de dopamine générées par les contenus numériques, tout en cherchant à mobiliser des élèves dont le cerveau s’habitue à des contenus courts, continus et souvent addictifs. En d’autres mots, cette transformation alimente une recherche constante de divertissement au détriment de l’apprentissage.
En contexte d’éducation physique, j’ai pu observer cette réalité de près. Dans certains cas, les élèves ont de la difficulté à maintenir leur attention suffisamment longtemps pour écouter des consignes simples avant de participer à une activité. Un cours d’éducation physique peut rapidement devenir une succession d’échauffements parce que les élèves peinent à suivre des activités plus complexes axées sur la progression des habiletés, les tactiques ou les expériences permettant des apprentissages profonds, une meilleure compréhension, un sentiment d’autonomie et de véritables liens humains. Cette réalité est profondément préoccupante.
Le personnel enseignant, les directions d’école et les autres professionnel·le·s œuvrant en milieu scolaire ont la responsabilité de développer une compréhension des recherches entourant l’utilisation des téléphones intelligents et de répondre aux défis émergents selon la réalité propre à leur communauté scolaire. Voici quelques façons d’avoir un impact positif sur la culture scolaire, la santé mentale, le bien-être social et le bien-être global des enfants et des jeunes qui évoluent quotidiennement dans un environnement numérique.
1. Co-construire et renforcer des garde-fous protecteurs
Lorsque des mécanismes de responsabilisation sont en place, comme des garde-fous numériques comprenant des politiques claires et des normes définissant les comportements et usages acceptables liés aux médias numériques et aux téléphones intelligents, cela peut soutenir le bien-être, la santé mentale et la résilience numérique des élèves. En adoptant une approche centrée sur les élèves, les écoles peuvent co-construire des politiques et des normes en lien avec les quatre dimensions de l’approche globale de la santé en milieu scolaire. Ces politiques peuvent être adaptées selon les niveaux scolaires ou les différents espaces de l’école et représentent une excellente occasion de permettre aux élèves de contribuer positivement à la santé et au bien-être de leur école et de leurs pairs.
- Pour en savoir plus sur l’approche globale de la santé en milieu scolaire, consultez le site du Consortium conjoint pancanadien pour les écoles en santé : https://www.jcsh-cces.ca/
2. Favoriser l’apprentissage en plein air
Offrir de nombreuses occasions d’apprentissage dans les environnements naturels comporte plusieurs avantages, notamment un plus grand sentiment d’appartenance, le développement du sens de l’intendance environnementale, une meilleure résilience, le développement des habiletés sociales ainsi qu’une amélioration du bien-être global (Gina Marucci et coll., 2021).
L’environnement extérieur favorise le bien-être et agit comme un véritable coenseignant. Il ralentit le rythme, améliore notre concentration et transforme l’inconfort en occasion de croissance (Rustemeyer, C., 2025).
- Pour découvrir comment commencer à intégrer davantage d’apprentissage en plein air, consultez Mentorship In The Wild de Court Rustemeyer ainsi que la ressource d’EPS Canada Enseigner dans les environnements d’apprentissage parallèles.
3. Réduire les distractions et la surstimulation chronique
La mise en place d’approches innovantes comme des journées avec moins de sonneries, des journées sans téléphone cellulaire ou encore des journées à faible stimulation, par exemple des journées utilisant uniquement la lumière naturelle ou réduisant l’utilisation de la technologie, peut aider les élèves à diminuer la surcharge de stimuli liée aux plus de sept heures quotidiennes de temps d’écran récréatif (Ponti, M., 2025).
Réduire les distractions et la surstimulation grâce aux environnements naturels peut aider les élèves à mieux réguler leurs émotions, diminuer l’anxiété et créer des conditions favorables aux apprentissages profonds.
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Pour en apprendre davantage sur les apprentissages profonds, consultez le livre Deep Work: Rules for Focused Success in a Distracted World de Cal Newport.
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Pour explorer des approches visant à créer des environnements chaleureux et confortables, consultez The Little Book of Hygge de Meik Wiking.
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Pour plus d’information sur les recommandations liées au temps d’écran chez les enfants et les jeunes, consultez les Directives canadiennes en matière de mouvement sur 24 heures : directivesscpe.ca/directives/enfants-et-jeunes-2/
4. Favoriser l’autonomie des élèves, le consentement et la citoyenneté numérique

Enseigner la citoyenneté numérique et les empreintes numériques est essentiel pour aider les élèves à mieux comprendre comment naviguer dans les environnements numériques. Cette prise de conscience peut soutenir leur bien-être et développer des compétences importantes liées aux répercussions des traces numériques sur leur avenir professionnel, leurs relations et plus encore. Offrez des occasions d’aborder ces thèmes en classe et aménagez un tableau d’information ou un espace sur le site Web de l’école consacré à la citoyenneté numérique, mettant en valeur de bonnes pratiques et des ressources créées par des leaders étudiants. Cela peut aussi être une excellente façon d’introduire les notions de consentement, notamment en lien avec le partage d’information en ligne.
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Pour des activités portant sur la citoyenneté numérique, consultez les ressources du Surrey School District :
https://surreyschoolsone.ca/students/digital-citizenship (* ressource disponible uniquement en anglais) -
Pour en apprendre davantage sur la valorisation de la voix des élèves, consultez cet article d’EPS Canada : https://eps-canada.ca/perfectionnement-professionel/journal/valoriser-la-voix-des-eleves-en-education-physique
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Pour approfondir l’éducation au consentement, consultez Creating Consent Culture: A Handbook for Educators de Marcia Baczynski et Erica Scott. (* ressource disponible uniquement en anglais)
5. Créer de l’espace pour enseigner les compétences humaines
À mesure que les médias numériques évoluent, ils continueront de montrer leurs limites dans le développement des compétences humaines essentielles pour la vie au-delà de l’école. Il est donc crucial de créer des occasions permettant aux élèves de développer des compétences favorisant l’authenticité, la communication significative et l’empathie. Se familiariser avec les compétences nationales d’EPS Canada et établir des liens intentionnels avec les compétences déjà présentes dans votre région est essentiel pour favoriser la croissance, le bien-être et la réussite des élèves.
- Pour en savoir plus sur les compétences nationales d’EPS Canada : https://eps-canada.ca/perfectionnement-professionel/competences-canadiennes-d-eps

6. Collaborer avec les familles, les conseils et les personnes proches aidantes
Lorsque l’école met en œuvre les initiatives mentionnées précédemment, il est essentiel de communiquer avec les parents, les personnes proches aidantes et les leaders communautaires afin de poursuivre les discussions sur les médias numériques, l’utilisation des téléphones intelligents et le bien-être à la maison et dans les espaces récréatifs. Selon le niveau d’engagement des familles et des conseils, envisagez de les impliquer dans les activités scolaires afin de soutenir ou enrichir les initiatives déjà en place.
Alors que nous continuons à naviguer dans la relation complexe entre l’éducation, les médias numériques et l’utilisation des téléphones intelligents à l’école, il devient clair que notre objectif ne devrait pas nécessairement être d’éliminer complètement la technologie des écoles. Nous devons plutôt l’utiliser avec intention et discernement afin de soutenir l’apprentissage tout en répondant aux défis particuliers qui émergent. Les téléphones intelligents et les outils numériques peuvent enrichir les apprentissages et les relations humaines. Toutefois, sans limites réfléchies, ils risquent de nuire à la concentration, au bien-être, aux apprentissages et au sentiment de communauté que nous cherchons à développer. En co-créant des garde-fous numériques, en favorisant l’apprentissage en plein air, en réduisant la surstimulation, en enseignant la citoyenneté numérique et en mettant l’accent sur les compétences humaines comme la communication, la collaboration et l’empathie, nous pouvons aider les élèves à s’épanouir autant dans les espaces numériques que physiques.
En fin de compte, développer la résilience numérique nécessite un effort collectif du personnel enseignant, des élèves et des familles afin que la technologie soutienne l’apprentissage plutôt que de le diriger, tout en contribuant positivement au bien-être des élèves. Les interventions liées aux téléphones intelligents et aux médias numériques doivent également être adaptées à chaque communauté scolaire, avec la voix des jeunes au cœur des décisions.
Références
Fahey, R. (2023). Listen: how to be you in a world where you can be anything. Autoédition.
Gina Marucci et coll. (2021). Nature: An antidote for our collective well-being and mental health. ETFO Voice. https://etfovoice.ca/article/nature-antidote-our-collective-well-being-and-mental-health (* ressource disponible uniquement en anglais)
Learnus UK (29 janvier 2025). What does the evidence say about smartphone bans? Professeur Pete Etchells, Bath Spa University [Vidéo]. YouTube. https://youtu.be/Uj7n3jxs0Ks?si=T_kpRoo8I0-yvYW8 (* ressource disponible uniquement en anglais)
Ponti, M. (2025). Les médias numériques : la promotion d’une saine utilisation des écrans chez les enfants d’âge scolaire et les adolescents. Société canadienne de pédiatrie. https://cps.ca/fr/documents/position/les-medias-numeriques
Rustemeyer, C. (2025). Mentorship in the wild: a guide to leadership, adventure and wonder. Rustemeyer Consulting.
University of Niagara Falls Canada. (octobre 2025). What is digital media and how can it help my career? https://www.unfc.ca/blog/what-is-digital-media (* ressource disponible uniquement en anglais)
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Cet article est publié en collaboration avec le Conseil scolaire du district d’Ottawa-Carleton. |

